3 ans. 3 ans déjà que je pense à ce Tour de France. L’idée n’est pas née brusquement. Enfin presque. Enfin je ne sais plus.

Je me rappelle avoir appelé Serge Laurent en lui annonçant mon désir de le réaliser en courant. En plus de la découverte culturelle, je songeais à y ajouter l’exploit sportif. Mais je me suis vite aperçu que les deux ne faisaient pas bon ménage.
Comment admirer tout ce qui s’offre à ses sens en se concentrant sur l’ampleur de sa foulée et la gestion de son souffle ?

J’aime par-dessus tout marcher. Flâner les mains dans les poches ou randonner, une paire de jumelles autour du cou. Mon terrain de prédilection : les Monts de Flandres.
De Kemmel au Mont Cassel, ils m’offrent la ruralité que je ne retrouve pas tant à Pérenchies, ville dortoir de 8000 âmes. Certes, cette ruralité est toute relative. Quelques prairies, séparées par des haies d’aubépine et entrecoupées de saules têtards devenus rares, et surtout, des formes, du relief. Je m’entends. La plaine est également un relief. Mais un relief plat, qui n’acquiert toute sa valeur qu’avec quelques dizaines de mètres d’altitudes, comme les Monts prennent tout leur sens depuis cette plaine.
Je pourrais et souhaiterais longuement en parler, de ces collines, de ces chemins sinueux au détour desquels se cachent ces fermes de briques, vieilles cheminées et poutres en bois. Aujourd’hui reconverties en estaminets, elles m’accueillent régulièrement, et m’offrent une bière belge, ainsi que la lueur d’une bougie grâce à laquelle j’écris actuellement mon propos. Ma plume s’emballe tellement je m’y sens bien. Je freine son ardeur.

A l’heure où tout le monde opte pour la Tunisie, le Mexique ou la Thaïlande, je choisis la France. Pour deux raisons.
La première est qu’il y a autant de « choses » à y découvrir. Quantitativement. Qualitativement. Je conçois difficilement cette volonté de partir à l’autre bout du monde quand on ne connaît pas ce que l’on côtoie. Ce qui est à portée de mains. Ou plutôt de pas.
Ensuite, je suis persuadé qu’il nous faut revoir nos exigences au local. En terme d’écologie (cette discipline créée de toute pièce pour palier au lien que l’Homme a rompu avec la nature), c’est évident. Cependant, en ignorant toute considération scientifique, la question se pose : s’attacher à un terroir ou se gaver de tout ce qu’il y a à découvrir sur ce terrain de jeux qu’est la Terre ? Je n’ai pas de réponse, étant moi-même tiraillé par ces deux extrêmes.

Ce Tour de France représente également l’occasion de sortir de la confortable routine qui me berce actuellement. J’ai l’angoissante impression de passer à côté d’émotions, de découvertes, de rencontres. Passer à côté de ma vie.
Jacques Brel a toujours eu le profond désir « d’aller voir » ailleurs. L’inconnu.
Il disait également : « Le Monde sommeille par manque d’imprudence ».
Je m’y retrouve, et n’ai aucune envie de somnoler plus longtemps.

J’ai hâte de me rapprocher de cette nature, fondatrice. J’ai hâte d’en devenir un spectateur. J’ai hâte de me sentir inutile et impuissant, aussi minuscule que je suis. J’ai hâte de découvrir que je suis un mammifère, au même titre que le chevreuil.

Le projet de Vianney Fouquet

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