Après un copieux repas consommé au cœur d’une cité trop mécanisée à notre goût, nous débutons cette longue journée à 07 h 00 en nous faufilant par la route de la Balme et la rue de la Face vers la chapelle Saint-Jean après avoir franchit le ruisseau vivace de la Calabourdane. Tout est calme sur notre trajet et nous atteignons Le Laisinant pour emprunter l’ancienne route du col de l’Iseran abandonnée depuis la création de la D902. Le ruisseau des Laissières creuse la combe du Laisinant et après la passerelle, l’altimètre affiche 2067 m dans la forêt du Fornet où nous laissons sur la gauche le chemin descendant vers ce hameau. La montée s’accentue vers le vallon de l’Iseran où l’on retrouve la départementale, sur la rive droite du torrent. Nous sommes déjà à 2323 m pour cette première rencontre avec la voie routière réservée aux véhicules affrontant le plus haut col d’Europe.

Au volant du camping-car, Françoise assurera les relais dont le premier s’effectuera au sommet du col de l’Iseran à 2764 m. Notre itinéraire coupe trois fois la D902. L’avantage d’être assisté est de pouvoir me débarrasser de mon volumineux sac à dos en le laissant à bord du véhicule et de ne conserver que le nécessaire pour accomplir la considérable distance qui nous sépare de l’arrivée. Nous avons décidé de nous retrouver le soir dans un camping deux étoiles dont nous avons repéré l’existence. Il s’étend peu après le village de Bessans, dans la vallée de la Maurienne jalonnée d’une multitude de chapelles éparpillées comme autant de repères ornant ce couloir linéaire et sec, modelé par la rivière l’Arc.

C’est un soulagement d’évoluer sans notre bât quotidien et de s’élever vers les nues avec la légèreté d’un oiseau délivré en voyant l’espace grandir et s’afficher dans toute sa vastitude, de pics élancés et de forêts de mélèzes qui s’essoufflent à vouloir grimper des pentes inaccessibles et infertiles à leur expansion. De fait, nous mettons moins de trois heures pour rejoindre le col où nous décidons de faire une pause à l’ombre de l’hôtel, devant l’enseigne « l’échoppe de l’Iseran », un vaste bâtiment de solides pierres accoutumées à résister à toutes les intempéries dans cet endroit où les souffles d’Eole s’activent en permanence. A proximité, nous découvrons la modeste chapelle de Notre Dame de Toute Prudence nantie de son clocher carré regardant vers le Sud et Rome. Il nous reste à entamer la descente, sans nous attarder, vers Bonneval-sur-Arc, en empruntant le sentier débutant près du cairn cimenté de la Pyramide et en quelques minutes, nous atteignons, en amont, le Pont de Neige, à 2528 mètres d’altitude, pour franchir, 100 m plus loin, la passerelle sur le ruisseau des Illards. Nous nousenfonçons dans les profondeurs des gorges de la Lenta où traînent encore, comme des troupeaux indociles, de nombreux névés jouant à saute-mouton avec le torrent, ce qui rend, en mauvaises saisons, ces passages très dangereux nécessitant de choisir la route, par prudence.

Lac de la Plagne
Lac de la Plagne

Sous les parois de l’Ouille de la Jave, nous parvenons à la maison cantonnière de Pied Montet, dans un virage de la D912. Son accès est facilité par un joli pont en pierre sur le ruisseau du Plan de la Montagne (cote 2274).

Le cheminement est agréable, économe de nos efforts. Nous évoluons dans les alpages en rive gauche de la Lenta pour rejoindre une large passerelle qui nous permet de revoir la rive droite du torrent, à la cote 2143, et de nous élever vers le Col des Granges des Droges (2260 m) qui nous ouvre le sentier balcon de la Haute-Maurienne dominant la vallée. Nous passons sous la Pointe de la Met (3041 m) et sous les hauteurs de la Croix de Dom Jean Maurice culminant à 3146 m servant de pilier au glacier de Méan Martin.

Le village de Bessans se situe à 02 h 30 de marche et nous constatons, avec joie, que la distance à parcourir à pied est considérablement moindre que par la route départementale. Sans difficulté, nous atteignons les Chalets des Roches (2453 m) puis le Pont du Vallon longeant les limites du Parc national de la Vanoise. Après les Chalets des Buffettes, nous pouvons admirer un cirque d’où jaillit une cascade issue du glacier de Méan Martin. A 10 minutes de là, le pont sur le Torrent du Vallon (2240 m) bâti à l’écart d’un ancien refuge permet de poursuivre vers la Roche Noire et la Cabane des Gardes du Mollard (2230 m). Une courte descente de laquelle nous apercevons en visu la brèche de la Vallée d’Avérolle, amène à la jonction avec le sentier menant au Villaron, riche d’un gîte d’étape et de plusieurs chapelles. Nous perdons de l’altitude pour retrouver les rives de l’Arc, à 1709 m, en face du village de Bessans, devant la chapelle Saint-Jean-Baptiste. Cette localité possède tous les services utiles aux randonneurs. Le chemin bordé de pierres continue en rive droite du torrent et nous nous acheminons tranquillement vers le camping de l’Illaz (1689 m) qui depuis, a augmenté son nombre d’étoiles. Françoise qui a déjà effectué un ravitaillement à Bessans nous attend pour le repas du soir. Une bonne nuit de sommeil va nous permettre de récupérer de ce périple de longue haleine mais favorisé par un bon parcours en équipement allégé et une météo des plus clémentes.

Lundi 5 juillet 1999 – 128ème jour [Serge Laurent]

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