Aujourd’hui, jour de la Fête Nationale, le ciel est redevenu plus clément que la veille. Ce ne sera donc qu’une agréable promenade pour descendre à Briançon, la ville couronnée par l’art et le talent de Vauban qui a fait de cette jolie bourgade un joyau de la poliorcétique, la science de la fortification. Nous quittons Montgenèvre à 1849 mètres d’altitude par la route d’Italie. A hauteur du ravin du Clot Enjaime et face à la desserte menant à la caserne du 7ème bataillon de Chasseurs Alpins, nous virons à gauche sur un discret sentier franchissant la rivière Durance, un court torrent, affluent de la grande Durance. Nous le suivons par la rive gauche en utilisant ce beau chemin ombragé et facile.

Passage du tour de France cycliste à Montgenèvre
Passage du tour de France cycliste à Montgenèvre

A la limite du Bois des Bans, notre cheminement prend pour compagnon de bavardage les remous d’un canal d’irrigation que nous longeons jusqu’en orée de la forêt après avoir descendu une forte déclivité due au passage d’un des innombrables écoulements rainurant les pentes boisées. Nous nous joignons à une famille de randonneurs effectuant le même trajet mais dont l’allure est conditionnée au bon vouloir d’un âne facétieux et capricieux, sans aucunement gêné pour avancer malgré le poids de son bât composé de deux énormes sacoches en cuir suspendues à chaque flanc. Il s’arrête tous les dix mètres, succombant à la séduction de quelques alléchantes touffes aux exubérances plantureuses ébouriffant les bords du chemin. Les enfants sont ravis et la marche est débonnaire et non tributaire des horloges. Pour notre part, nous échangeons avec ces personnes agréables et joyeuses quelques paroles de commensaux et notre cadence se calque, pour une fois, sur un rythme bucolique et convivial trop souvent absent de nos pérégrinations.

Nous poursuivons en nous engageant sur la route forestière de la batterie de la Lame pénétrant ainsi dans le cercle fortifié de Briançon. Après avoir rejoint un canal, nous atteignons le hameau de l’Envers-du-Fontenil situé en face du fort des Sallettes gardant la vallée de la Durance, en sentinelle sur son nid d’aigle aérien.

Notre itinéraire adopte le versant gauche de la vallée qu’il domine constamment jusqu’à l’entrée Est de Briançon où il accède par le pont d’Asfeld construit en 1734 qui s’élance par une gracieuse arche monumentale de 40 mètres d’ouverture et de 65 mètres de hauteur au-dessus de l’étroite gorge creusée entre les parois rocheuses par les flots tourbillonnant de la Durance.

Nous entrons dans la ville, éblouissante d’un soleil généreux déversant ses ors en magnifiques écharpes sur les pierres, altières et imposantes, couronnant tous les reliefs environnants. Notre première préoccupation est de trouver un hébergement pour une nuitée mais nous sommes le 14 juillet, ce que nous avions omis de prendre en compte. Les touristes sont innombrables et occupent tout ce qui pourrait être propice à notre dessin. Nous finissons par découvrir notre bonheur dans un camping situé à trois kilomètres, au nord-ouest de la citadelle, à Pramorel.
Cette journée qui s’offre comme une agréable promenade des plus insouciantes s’est brusquement assombrie par la défection de mon appareil photographique, un Canon Ixus Z 70. La crémaillère de l’objectif s’est brusquement enrayée ; c’est une catastrophe qui affecte considérablement mon moral. Je ne peux plus immortaliser ces précieuses images, ces indispensables témoins d’un voyage unique mutilé par une fâcheuse défaillance technique qui m’interdit de partager un rêve en plein déroulement, une formidable équipée qui ne pourra jamais être reconduite et reproduite dans sa plénitude et son intégralité.
Un véritable désagrément entache cette journée dont on a occulté la date consacrée aux réjouissances et aux occupations festives traditionnelles et républicaines. Je suis, certes, abattu mais non vaincu par le sort. Didier cherche à me changer les idées et nous finissons la journée à la terrasse d’un café, devant un savoureux bock de bière fraîche. Mes yeux se perdent vers les cimes dominant les lieux, paysage fascinant d’une fresque dont nous sommes les contemplateurs tristes de ne pouvoir en emporter les splendeurs sauf de les imprimer dans notre âme et dans notre esprit.

Mercredi 14 juillet 1999 – 137ème jour [Serge Laurent]

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