Par Vianney Fouquet, le 30/09/2009

Je tiens tout d’abord à m’excuser du côté tardif de ma réponse.

Ces derniers temps, j’ai couru un peu partout afin d’organiser au mieux mon retour à la civilisation, et la digestion de cette aventure estivale en a profité pour contrarier mes délais.
A vrai dire, je ne suis pas bien certain de réaliser intégralement ce qu’il m’est arrivé.
Car, faut-il le répéter, malgré l’interruption précoce du projet, il semblerait bel et bien que cette parenthèse méditerranéenne fut d’une rare intensité.

Je ne suis resté que 4 jours à Russan, chez « La Marie-Jeanne » comme elle aimait si bien se prénommer. Ayant du mal à supporter l’inactivité, j’ai profité de la venue de quelques amis nordistes en Ardèche pour rapidement les rejoindre. A leur côté, le temps est passé un peu plus vite. Car l’objectif était bien là: oublier le temps.
A la suite de ces deux petites semaines, j’ai migré vers Vallon Pont d’Arc, retrouver d’autres amis travaillant dans un camping, au sein duquel mon moral est descendu bien bas. Mes journées étaient vides. Je me sentais prisonnier de cette réserve naturelle d’Homininés.

Et puis, mi-août, il fut temps de reprendre la route. La douleur s’était transformée en simple gêne, mais je n’avais plus le choix, dans l’optique de traverser les Pyrénées dans des conditions acceptables. Je suis donc retourné sur Russan, où j’ai salué et remercié une dernière fois la Marie-Jeanne, qui n’a pu s’empêcher d’alourdir mon sac de quelques denrées supplémentaires.

Avec les Cévennes en ligne de mire, j’ai longé le Gardon, sur un parcours assez facile, redondant, mais qui m’a permis de me remettre progressivement en jambe. Les premières étapes n’excédaient pas 20 kilomètres: un véritable combat pour moi. Mais mon objectif était nouveau : respecter mon corps afin de ne pas compromettre définitivement mes chances de boucler ce tour de la France.

Sont arrivés Anduze puis Colognac, où je fus accueilli par une famille des Bouches du Rhône en vacances. Après une bière, deux ou trois verres de vin, quelques-uns de digestifs locaux, et un profond sommeil, j’attaquai le massif de l’Aigoual.
Le soir suivant, au refuge d’Aire de Côte, situé à 7 kilomètres du mythique sommet, je fus invité à partager le repas avec un groupe de randonneurs, avant de regagner mon bivouac.
C’est à la fraîche, le lendemain, que j’ai décidé d’attaquer l’Aigoual. Attaquer; le terme n’est pas exagéré. Les pentes sont effectivement brutales et régulières jusqu’au sommet. Un bel effort comme je les affectionne, pendant lesquels on se sent vivre puissamment.
Ce sentier, je l’avais déjà emprunté un an auparavant, à la fin du mois d’Avril, sous 50 cm à 1 m de neige par endroit, lorsque l’Aigoual était déjà à mes yeux, une légende de la géographie française, je ne cesserai de le répéter.
Au sommet, je fus terriblement déçu de m’apercevoir que mon ascension avait été précédée de centaines d’autres, par des camping car. En effet, le Mont Aigoual, abritant un musée dédié à la météorologie, est fréquenté tout au long de la période estivale, pour sa vue panoramique sur le bassin méditerranéen d’un côté et les Grands Causses de l’autre.
Puriste comme je peux l’être parfois, j’ai haï ces touristes de masse, leur reprochant de manquer de respect à ce monument naturel, avant de relativiser et d’entamer ma descente sur le Vigan.

Le Vigan, où le Maire et ses adjoints me reçurent avec une belle simplicité.

Les Cévennes traversées, du moins une partie, j’ai pris la direction des Causses (dont celui du Larzac), où j’ai retrouvé des ambiances qui vous prennent au corps, et vous procurent des sensations inexplicables. La météo y est toujours pour quelque chose. Je dirai même plus que sa place est prépondérante, voire déterminante, à un moment précis de la journée. Lorsque le soleil se couche. Que cela soit dans les Flandres, en Normandie, ou dans les Pyrénées, lorsque le soleil se couche, je suis différent. Est-ce de la lucidité, un éveil de la conscience? Je ne sais pas. Lorsque le soleil se couche, je me sens simplement bien, parfois triste, souvent nostalgique.

Mais ce sont des instants à vivre, encore une fois.

Après Lodève, arriva le Parc Naturel Régional du Haut-Languedoc, dont j’ignorais complètement l’existence. Aujourd’hui, je ne suis pas près de l’oublier car je fus encore une fois marqué par des ambiances extra-ordinaires. Le relief y est très contrasté, entre douces collines, abrupts rocheux, et plateau hors du temps. Concrètement, je pense au Caroux. La bruyère y abonde, les tourbières également, et le vent souffle en rafales. Le Caroux, c’est simplement quelques kilomètres carré de Bretagne à plus de 1000 mètres d’altitude.

Comme dans tout bon courrier qui se respecte, je vais parler du temps, au sens météorologique du terme. Je vais être un peu plus original que la dernière fois, dans la mesure où j’ai reçu une averse, deux ou trois jours de grisaille, mais surtout une journée de gros temps, au niveau des Monts du Somail, peu avant la descente sur Carcassonne.
En effet, de bon matin, je suis parti avec quelques gouttes et une atmosphère très humide. Après la Bretagne, je traversais la forêt équatoriale. Peu à peu, en longeant la crête (longue de plusieurs kilomètres), un premier orage s’est déclaré, au dessus de ma tête, ou plutôt autour de moi, suivi d’un second quelques instants plus tard. Tout cela alors que je progressais au milieu du nuage, avec une visibilité ne dépassant guère les 10 mètres par endroit. Dès lors, des frissons vous traverse le corps, et vous rappelle que vous n’êtes pas grand chose. Encore une ambiance à mettre à mon actif, et non des moindres. Encore une ambiance à vivre.

Et puis, et puis je suis descendu sur Carcassonne où j’ai décidé de me reposer quelques temps après avoir marché 13 jours de suite.
J’en ai profité pour visiter la célèbre Cité et replonger en enfance, au milieu de cet impressionnant château fort. J’en ai également profité pour me resociabiliser, au sein de l’auberge de jeunesse. J’en ai enfin profité pour confirmer tout le mal que je pense du tourisme de masse (La Cité est belle, certes, mais prend parfois des allures de parc d’attractions, je n’en dirai pas plus).

Je n’ai par ailleurs pu refuser l’invitation que m’a lancé un ami belge, à propos de la fête du Cassoulet à Castelnaudary. Qui aurait refusé ?

Après 3 jours de repos, je suis ainsi reparti vers les Pyrénées, le Pic du Canigou en ligne de mire. Et c’est là que, très vite, je me suis lassé de marcher. La lecture, en parallèle, d’un livre de Nicolas Bouvier, m’a fait comprendre certaines choses. La phrase : « On ne fait pas un voyage mais c’est le voyage qui nous fait » lui appartient. Et je ne m’y suis pas retrouvé.

Au fur et à mesure de mon avancée, j’ai croisé des randonneurs qui furent impressionnés par l’ampleur de mon projet, voire gênés, de leur côté, de ne marcher que quelques jours. A chaque fois, je leur répondais que la longueur du parcours n’avait que peu d’importance car l’essentiel était de voyager à son échelle.
Aujourd’hui, la cicatrice de cet arrêt prématuré a beau être toujours présente, je pense avoir pris une décision loin d’être évidente, mais surtout pleine de sagesse. Et acquérir de la sagesse était mon principal objectif avec ce projet.

A l’heure où j’écris, je ne sais pas de quoi sera fait mon avenir proche. Le goût d’inachevé qui ressort de cette mise en bouche estivale me laisse cependant penser qu’un nouveau départ n’est pas exclu. Car ma vision des choses est en perpétuelle évolution depuis mon retour. En effet, l’amertume est, certes, toujours aussi présente, mais ses causes ont changé. Parti d’une fierté mal placée au début du mois, j’en arrive aujourd’hui à simplement ressentir le besoin de marcher, à nouveau. Parce que de cette pratique fondatrice qui m’a déjà tant appris, je suis convaincu d’avoir encore tellement à recevoir…pour atteindre un état de sagesse dont je fais désormais la priorité de mon projet de vie.

Vianney

Des nouvelles de Vianney Fouquet : suite et… (fin ?)

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