Par des prairies déroulant leur bure herbagère dans un escalier de plans aux marches verdoyantes, nous laissons derrière nous la vallée de Peisey au bout de laquelle s’estompe le versant sud-est du Beaufortin. En des temps révolus, elle s’était enrichie des mines de plomb argentique pour approvisionner les fonderies de cloches.

Après la montée du cône de déjection jailli de la Pointe de l’Aliet (3109 m), nous passons au chalet de Derrière la Rèbe puis nous gravissons un second pallier pour parvenir au Plan de Janin dont le remarquable défilé conduit au lac de Grattaleu. Les gneiss et les calcaires s’égayent dans les prés où ondule une brousse d’aulnes verts bordée d’une forêt de mélèzes.

Nous gravissons une nouvelle pente raide verrouillant la vallée et franchissons un dernier pont sur le torrent pour passer en rive droite, peu avant sa résurgence émergeant au pied d’une masse d’éboulis entraînés par les glaciers qui l’ont enseveli momentanément sous les chaos de leurs rimayes erratiques.

Peu après, nous arrivons au chalet des Gardes du Berthoud (2100 m) où les veilleurs du Parc National s’abritent entre deux tournées d’inspection. En amont, des marécages indiquent les vestiges d’un lac disparu. Les bergeries et les chalets d’estive se succèdent dans un décor de ruisseaux, de mares, de lacs, de cascades aux chutes scintillantes.

Le lac de la Plagne fermé par le rocher des Mindières sert d’abreuvoir aux alpages du plan de la Grassaz où tintent les clarines à 2335 m puis la montée de la Tourne, un remarquable défilé nous ouvre l’accès au petit lac de Grattaleu à 2512 m, à l’ombre de la Pointe du Chardonnet (2870 m).

Le lac de la PlagneLe lac de la Plagne

Au refuge du Col du Palet (2550 m), derrière le bâtiment, havre de pierre et de bois perdu au cœur d’un panorama grandiose dominé par trois des plus hauts sommets de la Vanoise, une troupe de marmottes nous présentent un spectacle de cirque endiablé. Voulant sans doute attirer notre attention et nullement effarouchées, ces charmantes boules de poils aux frimousses amusantes se livrent à des exhibitions fantaisistes du plus haut comique. C’est d’abord devant nos yeux ahuris la mise en scène d’un pugilat hilarant.

Deux petites bêtes dressées sur leurs pattes arrières essaient quelques prises et clés que n’auraient pas dédaigné des lutteurs de foire. Après quelques minutes d’exhibition, la marmotte arbitre arrive pour les séparer et s’intercale avec autorité. Peut-être a-t-elle jugé qu’il y avait triche et coups bas puis toute la colonie s’éparpille dans le talus, prenant place devant l’ouverture de leurs caches en attendant quelques hypothétiques applaudissements.

Sur un névé proche, une marmotte sportive s’exerce à la luge : une fois sur le ventre, une fois sur le dos ; ses glissades répétitives dénotent une accro de cette occupation ludique. Elle remonte chaque fois au sommet de sa trace pour recommencer sans fin son amusante présentation, en vraie professionnelle du spectacle. Nous pourrions presque acclamer l’artiste pour tant de vivacité et de talent venus de la part de ces peluches animées, soi-disant craintives et méfiantes. Gourmandes, elles ont l’assurance de bénéficier de quelques gâteries de la part des touristes, subjugués par cette belle harmonie et cette complicité où des créatures terrestres se rassemblent pour savourer une esquisse de paix universelle.

La Grande MotteLa Grande Motte

Derrière le Col du Palet (2662 m), nous découvrons les paysages de la Haute-Tarentaise. Le cheminement, pour parvenir à Tignes-le-Lac (2093 m), n’est qu’une longue promenade facile sous un soleil ardent. La cime de la Grande Motte (3423 m) domine de son capuchon éternellement immaculé toute la région. J’en avais fait l’ascension, en compagnie de mon fils, adolescent, lors d’un séjour prolongé à Pralognan, il y a déjà tant d’années.

Ici, l’itinéraire perd son cachet naturel et sauvage pour s’engager dans un vaste domaine skiable équipé de nombreuses remontées mécaniques. Nous passons sous les toiles d’araignée des câbles suspendus de plusieurs télésièges dont celui du Tichot.

A la croix de Lognan (2330 m), nous pressons le pas et nous nous retrouvons aux abords du lac de Tignes, au milieu d’une foule dense et bruyante, prenant d’assaut magasins, rues, échoppes, hôtels et restaurants.

Nous nous échappons par la plage des sports et le pont du déversoir pour monter vers le Lavachet et gagner le Pas de la Tovière (2252 m), indiqué à trente minutes. Par le vallon, nous atteignons le chalet supérieur (2118 m) et au-delà du ruisseau et de plusieurs pistes de ski, nous pénétrons dans la cité de Val d’Isère, au niveau de la centrale électrique. Nous marchons jusqu’à la gare du téléphérique car c’est à cet endroit que nous avons rendez-vous avec Françoise et son camping-car. Le podomètre indique 22km250 depuis Rosuel. Ce soir, n ous dormirons dans le véhicule après avoir assuré notre ravitaillement pour le lendemain.

Dimanche 4 juillet 1999 – 127ème jour [Serge Laurent]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :