Architecture et traditions

> Architecture religieuse médiévale
Eglise de Saint-Etienne-de-Tinée - Parc national du Mercantour
Eglise de Saint-Etienne-de-Tinée – Mercantour

L’architecture religieuse médiévale témoigne de l’ambition des communautés humaines qui affirment ainsi leur volonté de s’installer de façon définitive sur le territoire. La qualité des réalisations et l’importance des programmes architecturaux peuvent surprendre au cœur des villages modestement peuplés. Les principaux édifices du territoire du Mercantour relèvent de l’architecture romane tôt diffusée dans les Alpes, notamment par les maîtres lombards. Ultérieurement de nombreux sanctuaires ont connu soit des agrandissements, soit des reconstructions intégrales, voire de simples embellissements réalisés selon de nouveaux canons esthétiques.

> Architecture religieuse baroque
Eglise Breil-sur-Roya
Sancta Maria in Albis – Breil-sur-Roya

L’architecture baroque a bien pénétré le milieu montagnard. De nombreux édifices religieux, surtout dans les principales agglomérations, montrent l’intervention d’architectes et de décorateurs de grand talent. Ils témoignent, en outre, de l’adéquation entre les volontés souveraines, laïques ou religieuses, et leur exécution locale, caractéristique fondamentale de la société du temps, strictement hiérarchisée et s’attachant à composer le décor de la vie collective.

> Fortifications

De tout temps, la surveillance des cols alpins a préoccupé les stratèges militaires. Les programmes de fortification mis en place par Vauban (1692), Séré de Rivières (1874-1880) et les travaux de la ligne Maginot (1928-1940) permettent d’établir une organisation défensive cohérente le long des frontières. Des moyens techniques, financiers et humains considérables sont mobilisés pour répondre aux impératifs stratégiques et pour adapter les ouvrages à la configuration du terrain. Aujourd’hui, ces forteresses d’altitude représentent un patrimoine architectural exceptionnel.

Fort Suchet - Sospel
Fort Suchet dit Barbonnet – Sospel
> Implantation humaine

Le montagnard bâtissait, du point le plus bas de son territoire jusqu’à 2 200 m d’altitude, ce qui lui était nécessaire pour exploiter au maximum terres en pente et pâturages élevés. L’emplacement des constructions qui faisait près des surfaces d’exploitation et à l’adret, était soigneusement étudié car les risques de chutes de pierres et d’avalanches sont réels et l’espace plat reste rare. Le montagnard tenait également compte de la  nature du sous-sol : évitant les sols argileux et les terrains glissants ou humides, il choisissait un sol stable et si possible un affleurement rocheux.

Le village de Roubion
Le village de Roubion

Les villages
Dans les vallées les plus larges (Ubaye, haut Verdon, haute Tinée) l’habitat est groupé. Dans les vallées plus étroites (haut Var et Cians, Roya-Bévéra, Vésubie, basse Tinée) aux villages perchés, à mi-pente ou en fond de vallée, s’ajoute une multitude de constructions.

Moyenne vallée
Dans de nombreuses vallées le montagnard se déplaçait au fil des saisons pour exploiter les différents quartiers, devenant ainsi un « nomade » sur le territoire.
Les habitations étaient construites pour répondre aux besoins d’une économie d’autosubsistance reposant sur l’agriculture et le pastoralisme.

Les écarts
En dehors des villages, le montagnard a souvent reconstitué un autre habitat groupé qui est devenu au cours des siècles un dédoublement du village principal, avec son église ou sa chapelle, son four à pain et, plus tard, parfois son école.

Toute la montagne exploitée
Les montagnard ont exploité tout le terroir dépendant du village. Celui-ci s’est émaillé de maisons, de granges, de cabanes de bergers.

Haute vallée
Sur un terrain plat, on construisait à son extrémité, ou en bordure du chemin, de manière à ne pas gaspiller des terres exploitables, et si possible, sur les pentes exposées au soleil. L’activité économique était concentrée entre mai et septembre.

Les quartiers
Le volume des constructions est proportionnel à la surface des parcelles cultivées, à la quantité de foin ramassé, au nombre de bêtes et au temps passé. Ces paramètres dépendent du degré de la pente et de la nature du sol.

Basse vallée
Lorsque les terres devenaient trop pentues, le cultivateur les aménageait en terrasses. Il s’éloignait des vallons souvent soumis aux inondations. Par contre, les sources, même infimes, étaient soigneusement entretenues.

> Habitat permanent

Dans le val d’Entraunes et la région de Guillaumes, dans la haute Ubaye, le haut Verdon et la haute Tinée, les vallées s’élargissent, la pente diminue et la surface des terres exploitables augmente considérablement. Dans ces hautes vallées situées entre 1 500 et 1 800 m d’altitude, où l’hiver dure souvent plus de six mois, les agriculteurs ont développé un mode de vie sédentaire et autarcique. Leurs fermes trapues et massives ont un volume suffisant pour abriter hommes et bêtes sans qu’ils aient besoin de sortir : contrairement aux autres types d’habitat, où la circulation entre les différents étages se fait par l’extérieur, elle se pratique ici par l’intérieur.

Cabane d'alpage - Parc national du Mercantour
Cabane d’alpage

Distribution interne
Une seule porte au rez-de-chaussée donne accès à l’ensemble de la ferme. Pièces d’habitation et étable sont situées de part et d’autre de l’entrée. La distribution intérieure se fait par des escaliers qui relient le rez-de-chaussée à l’étage supérieur.
Ce type de circulation interne permet l’hiver de nombreuses activités tout en limitant les sorties. Extérieurement, on distingue parfois la partie habitation de la partie réservée aux bêtes à sa façade enduite.

Accès au fenil
Seul l’accès au fenil se fait par l’extérieur. Situé sous le toit, il s’ouvre par une porte à vantaux. On y accède par une rampe sur voûte ménagée à l’arrière de la ferme et tirant parti de la déclivité. Ce plan incliné assez large permet le passage des mules et des charrettes chargées de foin, la voûte sous la rampe autorisant, elle, une circulation totale autour de la ferme.

Des toitures imposantes
A la mesure des bâtiments, les formes de toitures varient de vallée à vallée : toit à deux pentes avec une semi-croupe en avancée protégeant un séchoir ouvert (haut Verdon, val d’Entraunes) ; toit à deux pentes avec une ou deux croupes abritant des greniers complètement fermés ; pente latérale présentant un chien assis. La couverture en bardeaux de mélèze est la plus utilisée (Vésubie, haut Verdon, Ubaye).

La grange
Les granges immenses permettent de rassembler le foin pour tout l’hiver et pour l’ensemble du bétail. C’est là que sont également abrités le grain, la paille et les autres aliments de conservation.

L’habitation
Au rez-de-chaussée se trouve la salle commune avec le foyer, la réserve pour les aliments, à l’étage, les chambres. Lits, coffres, armoire, chaises et table constituent l’essentiel du mobilier.

L’étable
Le volume de l’étable est proportionnel à la grange et correspond au nombre de bêtes, lui-même dépendant de la taille de l’exploitation. Sous ces plafonds voûtés, vaches, mule et brebis se côtoient dans un même espace. L’étable est fermée par une porte donnant sur l’entrée commune.

> Habitat saisonnier

Dans certaines communes, le paysan possédait une maison sur place, où il passait l’hiver. il était également propriétaire ou locataire d’une « campagne », qu’il exploitait du début du printemps au mois de décembre, quand la neige l’en chassait. Pendant les mois d’hiver, il y laissait cependant le bétail et, quel que fût le temps, il allait soigner et nourrir ses vaches avec le foin qu’il avait entreposé dans les granges pendant l’été. Dans la région de Péone, les paysans exploitaient 2 ou 3 campagnes et se déplaçaient de l’une à l’autre au fil des travaux agricoles saisonniers.

Le village de Péone - Parc national du Mercantour
Le village de Péone

L’habitation
Ces fermes de taille assez réduite disposent du minimum de confort et de place. Le fenil accueille la quantité de foin nécessaire à la durée de chaque étape. Les circulations se font par l’extérieur, obligeant l’agriculteur à sortir pour passer de l’écurie au logis ou au fenil.

Le foyer
La cuisine comprend un poêle, une table et quelques chaises, souvent fabriquées localement. Les ustensiles (couverts, planches à pâtes, pots, marmites) étaient transportés d’une maison à l’autre. Près du poêle, le paysan peignait la laine avec de la poix chauffée sur le « fugon ».

Sous le toit
Une porte située à l’arrière de la ferme donne accès au fenil, qui occupe toute la surface de la maison.

A l’étage
La salle commune, avec le foyer, comprend un placard à grain, l’alcôve garnie d’une paillasse, la chambre, le « chambron » – pièce obscure pour le pain et le jambon – et une réserve pour les aliments et les outils.

Au rez-de-chaussée
Dans l’étable, vaches, mule et brebis sont séparés par des « clèdes ». A côté sont installés les clapiers et la réserve à pommes de terre.

L’eau domestique
Les citernes sont alimentées par une source, ou par la récupération des eaux de pluie ou de la fonte des neiges. Un ingénieux système de gouttières en mélèze permet de drainer l’eau, qui s’écoule des toits vers la citerne.

> Habitat temporaire

Pour économiser ses heures et ses pas, le montagnard a élevé des constructions sur le lieu de ses activités saisonnières. Le volume des bâtiments est proportionnel à la fois à la surface des parcelles cultivées, à la quantité de foin à engranger, au nombre de bêtes abritées et à la durée de l’exploitation des terres. Ces paramètres dépendent du degré de la pente : plus la pente est importante, plus les parcelles sont étroites, et moins il y a de récoltes. La destination des bâtisses varie alors du simple fenil à l’étable-habitat-fenil en passant par l’étable-fenil. Dans ces bâtiments prévus pour une occupation relativement brève (2 à 3 mois), la place réservée aux hommes demeure rudimentaire.

La vallée des Merveilles - Parc national du Mercantour
Un chamois – Vallée des Merveilles

Etable-fenil
Situées à proximité des près de fauche, ces constructions permettaient d’entreposer le foin et d’abriter les bêtes pendant les saisons intermédiaires.

Cheminée de façade
Les cheminée de toit, difficilement praticables sur les couvertures en lauzes, et dangereuses sur celles en chaume, matériau très inflammable, sont remplacées par des cheminées bâties dans la façade. La fumée du foyer s’évacue alors grâce à un conduit s’ouvrant dans la façade, protégé par quatre pierres.

Des techniques de construction bien adaptées
L’étable-fenil sans partie habitable est constituée d’un soubassement large de pierres montées à sec, surmonté d’une grange élevée avec des grumes de mélèze, ou de bois équarri, montée pièce sur pièce, qui se croisent à chaque angle. Bien que rudimentaire, cette technique de construction permet une parfaite aération du foin entreposé, tout en le conservant bien au sec.

Bardeaux de mélèze
la pose en quinconce des planches de mélèze assure l’étanchéité ; deux gorges creusées sur leurs bords facilitent l’écoulement de l’eau.

Toitures de Lauzes
Les lauzes sont fixées aux poutres de la charpente. Celle-ci doit être très solide, car ce matériau pèse plus de 250 kg au m2, sans compter le poids de la neige en hiver. On rencontre ce type de toiture avec des variations de couleur (rouge, grise) et de forme dans le Valdeblore, la moyenne Tinée et en haute Ubaye.

Les « granges-étapes »
Utilisées par les agriculteurs pour de courts séjours, le bétail y stabule néanmoins une grande partie de l’année et le foin est entreposé dans le fenil. Dans la partie habitable, rudimentaire, près de la cheminée, une paillasse, une table, une chaise et un placard sommaire, constituent l’essentiel du mobilier.

> Agriculture en montagne

En zone montagnarde et subalpine, la communauté paysanne a dû s’adapter à un terroir étagé entre 600 et 2 000 m d’altitude en développant un système d’exploitations sur plusieurs sites. Le montagnard menait alors de front l’entretien d’un petit vignoble et de cultures vivrières jusqu’à 900 m, la production de céréales et de légumes secs jusqu’à 1 500 m, et enfin l’élevage sur les pâturages d’altitude. Si, comme dans tout le haut pays, la Seconde Guerre mondiale a porté un coup de grâce à l’ancien système agropastoral, on peut malgré tout observer dans le paysage et le patrimoine bâti quelques éléments de ces anciennes structures.

Agriculture - Parc national du Mercantour

« Abrec » et « Loggia »
L’éparpillement des diverses activités et leur éloignement du village ont conduit les montagnards à répartir sur tout le finage, les bâtiments abritant l’exploitation familiale. A cette organisation correspond un standard de construction, soit deux bâtiments, l’« abrec » et la « loggia », bâtis sur le même plan et selon les mêmes techniques. Un premier niveau de plain-pied, adossé au terrain, est monté en pierres sèches. ce « cazar » supporte une charpente de 4 à 10 fermes pour l’abrec, et de 8 à 12 pour la loggia, selon un rapport de proportions immuable.

Un bâti adapté à une économie de pénurie
Toutes les techniques de construction utilisées (pierre sèche, charpente de troncs bruts, couverture de seigle) sont connues depuis la préhistoire. Leur archaïsme ne doit cependant pas occulter leur parfaite fiabilité et surtout leur adaptation optimale aux contraintes locales. L’impossibilité de tout transport, l’absence de monnaie ont induit l’utilisation exclusive de matériaux présents alentour et des techniques qui ne nécessitent pas le recours à une main-d’oeuvre spécialisée.

L’abrec
L’intérieur de l’abrec comme le lopin qui le précède sont un espace de vie sociale. Pour éviter le risque d’incendie dans ce bâtiment couvert de chaume et dépourvu de cheminée, le foin et le bétail sont abrités dans une construction distincte, la loggia. C’est dans l’abrec que le lait est transformé et que l’on prépare les repas familiaux sur un foyer rudimentaire.

La loggia
Deux fois plus grande que l’abrec, elle abrite, au niveau du cazar, le cheptel. Contrairement à l’abrec, la sous-pente constitue un niveau indépendant. Elle sert de grange ainsi que d’espace de couchage sans aucun autre aménagement que des couvertures étendues sur la paille.

> Elevage en montagne

L’ensemble des vallées du Mercantour a connu une économie fondée sur l’agropastoralisme. Les paysans étaient alors à la fois agriculteur et éleveurs. Dans certaines vallées, l’élevage bovin dominait, dans d’autres au contraire celui des ovins prévalait. Si quelques familles vivent encore aujourd’hui de ces activités indispensables au bon équilibre économique de la montagne, le tourisme vert fait évoluer l’agriculture vers d’autres produits fermiers de qualité artisanale (fromages, légumes, miel …) qui sont commercialisés sur les marchés locaux ; et depuis quelques années de jeunes agriculteurs s’installent pour exercer ces activités garantes du développement durable du territoire.

Elevage dans le village de Roure - Parc national du Mercantour
Elevage dans le village de Roure

Travaux de printemps
Les terrains sont labourés, hersés, semés afin de préparer la fenaison et la moisson de l’été. Les éleveurs du haut pays doivent produire une grande quantité de fourrage et de grain (blé, orge, seigle …) pour nourrir les bêtes pendant les longs mois d’hiver.

Les travaux d’été
L’été voit l’arrivée des troupeaux transhumants qui montent vers les alpages. Les éleveurs locaux mènent également leurs bêtes dans les pâturages d’été. Ils en profitent alors, en se relayant pour la garde du troupeau, pour effectuer les travaux des champs qui leur permettront de mieux passer l’hiver. Ils moissonnent le blé ou l’orge semés au printemps, ils fauchent le foin, qu’ils engrangent aussitôt. Ces travaux s’échelonnent entre la fin juin et la fin août. A la fin de l’été, ils participent aux nombreuses foires (Saint-Etienne-de-Tinée, Guillaumes et Saint-André-des-Alpes), afin de vendre ou acheter des bêtes. Une grande partie de leur revenu annuel se joue là.

 

Source : Encyclopédies du Voyage-Gallimard – Parc national du Mercantour

Le parc national du Mercantour [partie 2]
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