La gorge des TinesLe mois s’est achevé par un lundi aussi fade, lassant et accablant que les précédents. Les jours se suivent, inexorables, impitoyables, mortels. La lumière se lève, la nuit retombe et le cycle infernal se poursuit, intangible comme l’érosion, usant comme l’émeri. Le mardi 1er juin, je tire les conséquences de mon état qui ne s’améliore aucunement. Les soins apportés ne sont que des palliatifs pour atténuer la douleur sans traiter l’origine du mal. En conséquence, j’appelle Solange et lui demande de venir me récupérer. Rester dans cet hôpital n’apporte aucune solution à mon sort. Je signe la décharge m’autorisant à quitter l’établissement et titubant sur mes béquilles, je retrouve le sourire réconfortant de ma belle-sœur. Je me sens moins isolé, entouré de proches, plus à l’écoute de mes préoccupations. Le couple François et Solange, lui attentif et elle, qui se révèle gironde comme pas une et rayonnante d’un entrain communicatif à faire marcher les morts, m’interdisent de me laisser aller au désespoir.

Après nous être concerté, la décision est prise de revoir un kinésithérapeute mais le professionnel s’aperçoit bien vite que tous ses efforts sont vains. Il me fait plus souffrir qu’il ne me soulage et rien n’augure ma guérison. Reconnaissant son inefficacité thérapeutique, il a l’honnêteté de me faire savoir qu’il abandonne et ne peut rien faire de plus pour me remettre sur pied. Toutes nos tentatives à cette fin s’avèrent inutiles, vouées à l’échec et le calendrier s’effiloche, rendant plus hypothétique encore la continuité de mon périple. Mais je ne peux me plier au mauvais sort qui s’acharne. Je suis dans la révolte et je serre les dents en traînant ma souffrance et mes béquilles.

Lundi 31 mai au dimanche 6 juin 1999 – 93ème au 99ème jour [Serge Laurent]

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