Mon état ne s’améliore pas. Dans ces conditions, je serai encore ici l’année prochaine. Il me faut réagir. Malgré mon handicap, je décide de poursuivre mon équipée. Je prends donc congé de mon hôte dont je conserverai un bon souvenir pour son amabilité partagée avec ceux qui m’ont tenu compagnie en ces tristes jours d’inactivité. Grâce à eux, l’espoir de surmonter ce mauvais pas est demeuré malgré la pénible épreuve endurée.

Mardi 4 mai 1999 - 66e jourJ’ai prévu d’atteindre Châtel, tout au fond de la vallée d’Abondance puis Samoëns où je ferai étape en pays de connaissance pour récupérer de meilleures conditions physiques, morales et attendre une météo plus favorable. Malgré ma souffrance insupportable, je reprends mon fardeau de randonneur et n’ayant plus la possibilité d’emprunter les pistes de la montagne, je chemine en bordure de route, à contrecœur, mais bien obligé de me contenter de cette voie à la portée de mes possibilités réduites.

Sans joie, sans entrain, je vais parcourir les 13km700 de bitume qui me séparent de mon but. C’est seulement en fin d’après-midi que je m’arrête devant une majestueuse bâtisse, un gîte providentiel qui m’invite à faire étape à cet endroit. C’est le Petit Cornillon, établi sur la route de Pré la Joux, près de la cascade de l’Essert. Je suis chaleureusement accueilli par Jacqueline et Florent Crepy-Marglais qui m’offrent le toit et le couvert gracieusement. Qu’ils soient encore remerciés pour leur généreuse hospitalité !

La douleur s’est aggravée. Seul l’échauffement dû à la marche m’avait permis de bénéficier d’un bref soulagement. Dès l’inaction, le mal se ravive, plus intolérable que jamais comme il en fut à chaque arrêt effectué tout au long de cette route interminable devenue un véritable chemin de croix.

Le froid avec le soir s’abat sur ce bout du monde. J’ai la consolation d’être hébergé dans un chalet douillet et d’y trouver le confort que nécessite mon pitoyable état. Je m’allonge aussitôt sur le lit, seul avec ma souffrance et mes doutes. La hanche me titille férocement. C’est devenu un véritable supplice. Mes lombaires semblent se disjoindre dans un déchirement continu. Je suis incapable de plier ma jambe gauche. Je reste immobile, craignant de réactiver cette horrible douleur qui m’assaille au moindre mouvement. Heureusement, le sommeil me libère de ce cauchemar.

Je suis à la genèse de la vallée d’Abondance, à l’endroit où les Dranses prennent leurs sources aux flancs contigus de la montagne de Chésery et du mont de Grange. Demain, il me faut sortir de cette impasse montagneuse, franchir les hauteurs qui me cernent de leurs imposantes silhouettes et trouver refuge à Samoëns le temps qu’il faudra afin de me soigner convenablement. Le col de Bassachaux se présente comme la seule issue possible mais qu’en est-il de sa praticabilité ?

Mardi 4 mai 1999 – 66ème jour [Serge Laurent]

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