Nous nous accordons une matinée de repos avant de gagner la vallée du Ponthurin en suivant le coteau boisé jusqu’au hameau du Moulin (1264 m), du nom de l’ancien moulin à Rosat qui fournissait autrefois, le pain. Nous poursuivons sur la rive gauche du torrent qui se déverse vers le Nord pour rejoindre l’Isère par un couloir encaissé entre les grès et les schistes qu’il façonne. Nous avançons sous l’ombre tant recherchée des feuillus, frênes, chênes et noisetiers, trembles, noyers et érables sycomores, toute cette frondaison variée qui nous recouvre de son écran.

La Pierra MentaLa Pierre Menta

Les blanches vêtures des aunes, des bouleaux et des saules marsault se mélangent aux argousiers penchés sur les eaux bondissantes du Nant de Peisey pour emprunter aux eaux vives quelques éclats d’argent, quelques écorces ivoiriennes. Ceux-ci parfois s’écartent sur des prés assouvis de leurs herbages abondants où se pressent une foule de plantes vivaces et profuses : des géraniums, la gesse et la sauge, l’achillée, la coronille, la sarriette et la marjolaine.

Parfois, la grande tige de l’épilobe s’allie au bouillon blanc dont les colonies envahissent les sables alluvionnaires. En prenant de l’altitude, nous retrouvons les épicéas, les alisiers et les sorbiers des oiseleurs disposant leurs grappes rouge vif entre les tentures sombres des mélèzes. Les grandes fleurs isabelles des digitales, les campanules, le prénanthe pourpre, la laitue des murailles, la véronique s’insinuent dans les coins et recoins pour orner avec grâce leur territoire. Les espaces calcaires se laissent conquérir par les épipactis, les ancolies, les astrances, les centaurées et les mélampyres.

Vers la vallée de l'IsèreVers la vallée de l’Isère

Nous prenons de la hauteur jusqu’aux prairies de fauche où les sainfoins croissent avec la sauge et s’associent aux graines du brome mollot, aux épillets de la brize roussâtre et aux avoines fourragères pour nourrir de leur fromental les troupeaux épars des tarines paissant dans les alpages. Nous progressons dans ce catalogue floral du Pont Romano au pont Baudin, traversant l’impressionnante et escarpée forêt de sapins de la Crase de la Teppe d’Aval pour atteindre le vaste plat herbeux où s’élève la porte de Rosuel, à 1556 mètres d’altitude, magnifiant l’entrée nord du parc national de la Vanoise. Là, nous dressons notre bivouac sur les berges du torrent, sous des bosquets d’arbustes dont les feuilles rondes, agitées par la brise, bruissent en parfaite harmonie avec la complainte du torrent assagi.

D’énormes blocs de gneiss et de calcaire parsèment le gazon tel des échines d’aurochs perdus dans la brousse des aulnes vertes. La longue vallée de Peisey que nous venons de remonter se teinte des bleus du soir sous l’arcature des riciles garnissant les orées de mélèzes sous le front dégarni de la crête des Lanchettes. Elle fait face au puissant massif de Bellecote endiamanté des brasiers du couchant. Ses éclats s’atténuent pour finalement s’éteindre dans les abysses nocturnes.

Samedi 3 juillet 1999 – 126ème jour [Serge Laurent]

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