En montagne, l’aurore apporte avec la clarté fraîche du matin, la féerie d’un renouveau terrestre. Nous levons le camp avec l’enthousiasme des découvreurs de planète, des explorateurs foulant un domaine vierge, inconnu, stimulant et attirant. En moins de trente minutes, nous avons atteint les petits chalets de Vers le Col, culminant à 2209 mètres d’altitude. Nous sommes surpris de découvrir dans cet endroit éloigné des centres urbains quelques bâtisses en faction sur la droite du chemin dont un gîte ouvert, accolé à une bergerie. C’est un abri communal mis à la disposition des randonneurs et seulement gardé en été. Nous ne rencontrons aucune âme qui vive en ces parages et nous poursuivons sur les berges du torrent vers le col des Ayes (2477 m) qui sert d’accès au Parc naturel régional du Queyras. Les colonnes de ce majestueux portail sont le pic de l’Aiguiller (2725 m) à l’ouest et le pic de Beaudouis (2843 m) à l’est.

Dans la descente vers Brunissard, une étape sur la D 902 s’enroulant à l’assaut du Col de l’Izoard bien connu des cyclistes, nous sommes accompagnés par les clapotis d’une myriade de ruisseaux écoulant leurs fluides translucides sur les flancs de la montagne. Le sentier effectue une multitude de lacets, se tortillant comme un orvet qui voudrait attraper sa queue et ressort sur une étroite voie à 2142 mètres jouxtant le torrent de la Rivière allant façonner le goulet du Pré Premier sous la proue de la Crête de Combe la Roche.

Nous quittons les versant dénudés pour nous infiltrer sous la couverture des pins de plus en plus nombreux et bénéficier de l’ombrage de leurs parasols. Ils atténuent l’ardeur d’un soleil torride, dispendieux de ses cuisantes caresses qui se réverbèrent sur les parois très exposées au midi.

Le climat méditerranéen commence à se manifester et souffle une haleine de torche embrasée. Notre itinéraire se peuple de chalets disséminés tout au long du parcours. Après le camping du Planet, nous pénétrons dans le premier hameau de la commune d’Arvieux situé à 1760 mètres d’altitude. C’est Brunissard où les professionnels de l’hébergement affichent complets ; ce qui nous oblige à poursuivre jusqu’au hameau de La Chalpe, après avoir renoncé à nous engager sur le circuit du Tour du Queyras par Souliers, Les Meyries, Aiguilles, le col de Rasis, le col des Thures, Le Roux, La collette de Gilly, la crête de Peyra, le gîte d’étape de La Monta, le col Vieux, le col de Chamoussière, Saint-Véran, le col des Estrongues et Ceillac.

Comme prévu, Didier doit se rendre au festival d’Avignon retrouver son épouse et sa fille puis revenir à Metz dans les derniers jours de cet événement théâtral. Compte tenu du temps qui nous est imparti pour boucler la traversée des Alpes, il nous faut adapter la durée de notre marche à cet impératif. Aussi, je fais mon deuil du circuit initial en décidant de gagner quelques jours en rejoignant Ceillac par l’itinéraire le plus direct, c’est-à-dire par Château-Queyras, sur la commune de Château-Ville-Vieille

Cependant, le tracé du tour du Queyras sera intégré, plus tard, dans le trek historique constitué par le Grand Sentier de France. Nous sommes émerveillés de découvrir à La Chalp, le gîte d’étape et de séjour de la Teppio. C’est un extraordinaire chalet aux multiples balcons ornés d’un capharnaüm de plantes. Le mobilier intérieur est un véritable musée de l’ébénisterie et de l’artisanat du Queyras où buffets et armoires campent, solides et trapus, en affichant sous forme de coques, de croisillons et de rosaces tout l’art d’une sculpture sur bois exubérante, révélatrice de tout le savoir-faire des menuisiers arvirans, pour le plaisir des yeux. Ici, nous sommes ailleurs, dans une arche dédiée à la rêverie, un bâtiment pittoresque tout droit échappé des légendes pastorales ou du paradis enchanteur de Heidi. C’est sans remord et sans regret que nous nous installons dans cet étrange univers où nous oublions les brûlures du jour pour les moites délices d’une nuit reposante.

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P.S. Mon appareil photo étant tombé en panne entre Briançon et Le Pas de la Cavale (Alpes de Haute Provence), je n’ai pas pu prendre de photos de ce secteur.

Vendredi 16 juillet 1999 – 139ème jour [Serge Laurent]

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