Pour la seconde tentative, Vianney se lance dans l’aventure du tour de la France en débutant cette fois-ci par le sud de la Bretagne.

Parti début novembre, il nous livre quelques impressions de ses trois premières semaines de marche bénéficiant de la légendaire hospitalité bretonne et se mesurant à ce climat tempéré, rude et capricieux à la fois, aux grains tempétueux venus du large comme si les troupeaux de bisons de l’Amérique avaient franchis l’Atlantique. C’est pour cela, d’ailleurs, que la pluie ici tombe souvent à l’horizontale.
Plus redoutables encore, les étapes gourmandes dont un « Kig Ha Farz » (recette du pays du Léon à base de far, de légumes et de viande) pourrait avoir raison d’un marcheur trop gastronome mais Robert Louis Steveson s’en est très bien accommodé !
Le Tro ar Braz, c’est deux mille (2000) kilomètres en suivant le célèbre chemin des douaniers emprunté par le G.S.F., de la presqu’île de Rhuys (Morbihan) au Mont-Saint-Michel.
Alors, que nous dit Vianney :

Vianney Fouquet (V.F.) – Que les cavaliers défoncent littéralement les sentiers, bien mieux que les quads.
Commentaire (C) : En qualité de fondateur du G.S.F., je confirme cette remarque. Suivre un chemin creux derrière le passage d’une troupe à cheval est un calvaire pour le piéton. Le chemin n’est plus qu’un ruisseau boueux dont la fange dépasse la hauteur des chaussures et par temps humide, les sentiers bucoliques deviennent impraticables.
De toute façon, le chemin des douaniers est, en principe, interdit aux cavaliers.
V.F. – Que les parkings sont curieusement vides de friteries.
C : La Bretagne n’est ni la Flandre, ni le Nord, surtout en-dehors de la saison estivale. Lorsque le vent souffle à décorner les vaches, un petit pub où se retrouvent les marins pêcheurs est un abri sûr mais il faut se méfier des tournées générales ; elles peuvent être à double tranchant et dans tous les cas, redoutables. Une bordée est une bordée !
V.F. – Que la beauté des abers est surfaite contrairement aux rives du Doëlan
C : Tous les abers ont leur charme. Bien sûr, l’aber Ildut, l’aber Benoît et l’aber Vrac’h sont plus monotones et inclus en terre basse contrairement à ceux du secteur de Doëlan et Moëlan, plus escarpés et plus tentaculaires !
De plus, la végétation et les couleurs des végétaux et des eaux sont incomparable en bonne saison (printemps, été, automne). Il faut faire le tour de la Bretagne en mars, avril où l’on se plonge parmi les ajoncs d’or. Chaque paysage s’habille et se déshabille selon les saisons ; c’est au regard de choisir sa date de passage !
V.F. – Que les planches en bois du petit pont à proximité de l’école militaire de Lanvéoc sont très glissantes.
C : En période de pluie, tout ouvrage en bois est glissant et peut occasionner une chute comme d’ailleurs une racine d’arbre, dénudée, en forêt. C’est au marcheur de le savoir, d’être prudent et d’être bien chaussé.
V.F. – Que les ports de Brest et de Lorient dégagent une ambiance industrielle saisissante. La beauté se trouve aussi là où on ne l’attend pas.
C : C’est vrai. Les ports ont ce quelque chose d’indéfinissable comme ces portes ouvertes sur ce que nous ne connaissons pas, l’horizon à l’infini d’où cette fascination de l’étrange et du non familier.
V.F. – Que les lumières sont effectivement incomparables.
C : C’est un pays de nuances et de contrastes, varié et sans cesse en évolution.
V.F. – Que la bière aux algues est une vaste supercherie, tout comme celle à l’eau de mer.
C : C’est du particularisme et surtout, du folklore mais l’on trouve de bonnes bières en Bretagne qui rivalisent avec celles du Nord, entre autres, la bière de Quiberon. Celle-là, c’est un must !
V.F. – Que la mer commence à me lasser. Rien ne vaut quelques prairies bien grasses traversées par de profonds chemins creux (non fréquentés par les cavaliers). Je n’aime pas marcher dans le sable, sauf lorsqu’il est gelé.
C : L’usure et la fatigue érodent le regard auxquelles s’ajoute l’accoutumance pouvant engendrer l’ennui et la lassitude. C’est simplement psychologique et c’est là que le moral s’avère bien supérieur au physique.
Faire de l’événement sportif, c’est bien ; prendre le temps de la découverte, c’est mieux ! A voir trop vite, on ne distingue pas les différences qui forment l’intérêt de son environnement.
Par ailleurs, il est vrai que marcher dans le sable peut s’avérer fatiguant mais que le sable gèle en Bretagne, c’est assez rare pour l’espérer longtemps et le sable n’est-il pas la douceur du temps qui passe au sablier de la vie sur une plage ensoleillée ?
V.F. – Que les chiens jaunes peuvent être très affectueux. Ils ne traînent pas tous dans de funestes histoires.
C : Il n’en demeure pas moins que les chiens sont le fléau avéré du randonneur. Il y en a de bien éduqués et d’autres, qu’il faut tuer car vous êtes sûrs qu’ils vous mordront.

Ce type de voyage permet, en-dehors des réflexions personnelles de son auteur, de satisfaire son penchant de naturaliste en croisant notamment : 2 chevreuils, 2 villages de blaireaux, quelques martins-pêcheurs, des courlis cendrés en grand nombre, des chevaliers sylvains et des guirlandes de limicoles.
Par ailleurs, Vianney remercie toutes les personnes qui l’ont accueilli, ce qui l’a dispensé jusqu’ici, de se servir de sa tente.
Il dit s’attacher plus à la démarche sportive, toujours omniprésente dans son projet de parcourir le G.S.F. et ne cherche plus à s’en défaire. Il prend du plaisir à avaler les kilomètres (une grosse trentaine par jour et jusqu’à 50, sic…).
Il juge le littoral breton d’aspect multiple, parfois brut de relief, comme en témoignent les falaises de la presqu’île de Crozon mais souvent plus doux qu’on ne le pense entre vastes estrans de sable grossier et entassements de rochers polis par l’océan. Il nous fait connaître qu’entre ses journées continues de marche et les nouvelles rencontres du soir, son emploi du temps est d’une incroyable densité.
Aux dernières nouvelles, Vianney souffre d’une inflammation des yeux. Il a atteint Tréguier. Il pense renvoyer sa tente à son domicile du Nord car en cette saison difficile, en raison des intempéries, il peut s’avérer délicat de passer une nuit à l’extérieur, surtout sous des trombes d’eau et sans doute des avalanches de neige en références aux bulletins météorologiques délivrés par la télévision.
Voilà pour ce qui est des enseignements et des appréciations livrés par Vianney auquel nous souhaitons bonne chance pour la suite, avec tous nos voeux de réussite pour l’année qui s’annonce.
Mais le G.S.F. demeure une épreuve, une évasion qui ne s’apprivoise pas facilement ! Il n’y a que l’ignorance qui en douterait !

Serge LAURENT

Vianney Fouquet à nouveau sur le Grand Sentier de France

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