William Traisnel sur le Grand Sentier de France - Tour de France à pied

William Traisnel nous donne des nouvelles de son tour de France à pied sur le Grand Sentier de France – 4 avril 2019

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« On est le 4 avril, je suis dans ma tente. J’avais installé mon hamac entre deux arbres à quelques mètres, mais avec le vent il faisait parachute, alors je l’ai rangé.
Le temps est assez instable, et puis le vent ne permet pas d’avoir de la pluie ou du soleil, les nuages sont mouvants.

Je n’ai pas marché ces deux derniers jours, mes chaussures souffraient de plaies ouvertes. J’ai dû les faire réparer.

Dans ce même temps, j’ai été accueilli dans la famille de Angèle Jouanne (ses grands parents) que je remercie beaucoup. J’ai pu me reposer, et puis éviter de camper deux jours sans marcher.

Le fait de me poser m’a aussi permis de constater que mon genoux droit craquait d’une façon bizarre, un peu comme si on effritait une biscotte. Le médecin m’a dit qu’il s’agissait d’une inflammation qui pousse le cartilage contre l’os. Ça peut paraître impressionnant mais ce n’est pas très grave. Il me faut juste du repos et un traitement anti-inflammatoire.
Du coup aujourd’hui, je n’ai marché que 6 km. Il faut que je ménage mon genoux pour éviter que ça s’aggrave. Du coup je ne suis pas pressé, et je lis tranquillement dans ma tente.

Je laisse le côté « challenger » dans un coin de ma tête. Je lui laisse moins d’importance en ce moment parce que, si je veux durer dans le temps, il ne va pas falloir que je laisse mon adrénaline de l’exploit m’emporter, parce que peut-être que cette fois ce n’est qu’un avertissement et que la prochaine ne sera peut-être pas aussi bénigne.

Je suis plutôt un lève tard. Du coup, depuis le début, j’ai tendance à commencer à marcher seulement entre 10h et 11h30, ce qui fait que l’après midi je marche assez vite pour pouvoir faire mes 25 ou 30 km avant la nuit. Je vais changer ça, quand je serai rétabli. Je me lèverai plus tôt afin de marcher moins vite et faire plus de pauses. Me ménager un peu.

William Traisnel sur le Grand Sentier de France - Tour de France à pied
Philosophons un peu 😉

Après les quasiment 7 semaines qui ont passées, je m’habitue de plus en plus à la solitude, j’y prends goût disons.
Et puis de cette solitude naît un plaisir incroyable lors des rencontres que je fais car à présent, je prends le temps de savourer ces dites rencontres tel un délicieux caviar que l’on ne peut se payer que très rarement.

Les gens me passionne, et souvent c’est réciproque. Moi, je n’ai jamais su trouver de régularité dans ma vie. J’ai besoin de changement, j’ai besoin de sentir un renouvellement constant, alors que je trouve en certaines personnes une douceur linéaire. Des personnes qui sont capables de briller du même éclat constamment dans leur même environnement, je les admire. Elles me procurent un intérêt sans limite, alors que je m’interroge encore de leur secret.

Est-ce la société de consommation qui a réussi à s’immiscer jusque dans le besoin de vivre un renouveau constant où est-ce juste une des caractéristiques de notre espèce qui se diffuse à différentes personnes ?
Je n’ai que peu de réponse, mais depuis que je suis parti, le besoin inébranlable de savoir s’est estompé, et si ne pas savoir n’était pas une fin en soit. Est-ce parce que l’on ne sait pas que l’on risque quelque chose ? C’est du moins ce que beaucoup de gens croient, mais moi, je ne le pense pas. Je pense qu’il faut savoir se faire confiance tant que notre motivation n’est pas guidée par l’obsession.
Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas apprendre mais qu’il ne faut pas s’alarmer de ne pas savoir, parce que de nos jours, avec Internet, on tape ce que l’on veut dans Wikipédia et l’on sait. L’information est devenue l’un des plus gros business de notre société.
De nos jours, ne pas savoir est souvent synonyme de frustration, d’inquiétude et de stress. Alors moi, de mon côté, je marche toute la journée et je croise des centaines d’espèces de plantes, d’animaux et d’insectes différents. J’apprends doucement ce que quoi est qui. Mais en aucun cas, je ne me sens dans un environnement hostile parce que je ne reconnais pas telle ou telle chose.
Pareil pour l’orage. Lorsque la foudre tombe, elle peut tomber n’importe où. Alors pourquoi stresser, de toute façon ce n’est pas nous qui décidons.

Alors voilà, depuis quelques semaines, j’ai l’impression d’apaiser mes neurones, et de profiter de ce qui m’est offert par la vie, sans forcément me poser tout un tas de questions du pourquoi et du comment.
La vie est généralement bien faite. On a juste à l’accepter telle qu’elle est, même si bien sûr cette tâche est souvent plus ou moins dure pour certaines personnes.

Je vous dis à bientôt ! »

William

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William Traisnel nous donnes de ses nouvelles au 4/04/2019

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